Genève / Ottawa — Dans un contexte international marqué par une crise des droits humains prolongée en République démocratique du Congo (RDC), Samuel Mbemba Kabuya, ministre des Droits humains de la RDC depuis août 2025, s’est placé ces dernières semaines au centre d’une stratégie diplomatique offensive. Après une prise de parole remarquée à Genève, il a poursuivi sa tournée au Canada, où il doit rencontrer des étudiants et des acteurs de la société civile pour approfondir son discours sur la situation dans l’Est du pays.
Nommé à la tête du ministère des Droits humains au sein du gouvernement de la Première ministre Judith Tuluka Suminwa, Mbemba — avocat de formation et homme politique — incarne une ligne diplomatique plus affirmée de Kinshasa face aux accusations de violations systématiques dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
L’arrivée du ministre des Droits humains, Me @SamuelMbemba4 , à #ottawa, accueilli par les diplomates de l’ambassade congolaise, ne relève pas d’un simple agenda protocolaire. Elle s’inscrit dans une séquence diplomatique où la guerre à l’Est de la RDC impose un dialogue franc… pic.twitter.com/GMNPdod9ex
— Merveille em's (@EmMerveille) February 26, 2026
À Genève, une tribune pour faire basculer le débat
Le 25 février dernier à Genève, en marge du segment de haut niveau du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, le ministre congolais a livré une intervention au ton inhabituellement direct pour un représentant d’État. Dans un discours relayé par plusieurs médias, il a appelé la communauté internationale à ne plus considérer le silence comme une neutralité — mais comme une forme de complicité face aux exactions attribuées aux forces rwandaises et aux groupes armés alliés à Kigali dans l’Est de la RDC.
Pour étayer ses propos, Mbemba a présenté un rapport publié récemment à Kinshasa, documentant des chiffres saisissants : une femme violée toutes les quatre minutes, plus de 17 000 atteintes à la vie et à l’intégrité physique, et sept millions de personnes déplacées forcées en un an dans l’Est congolais, selon les données qu’il a mises en avant.
Au-delà des statistiques, c’est la portée politique de son intervention qui a surpris : il a désigné nommément le président rwandais comme responsable politique majeur de la crise, liant les enjeux sécuritaires à l’exploitation des ressources minières, notamment le coltan à Rubaya, qu’il a qualifié de « pillage systématique ».
Ce discours, tout en cherchant à mobiliser l’opinion internationale, reflète une stratégie assumée de la part de Kinshasa : déplacer le débat des violences internes vers une question de responsabilité régionale et de sécurité internationale, et non plus seulement d’un conflit armé isolé.
Objectif Ottawa : du discours international à l’échange académique
Dans la foulée de sa prise de parole à Genève, Mbemba s’est rendu au Canada, où il est attendu devant la communauté étudiante et les acteurs de la diaspora congolaise lors d’une conférence organisée par l’Université Saint-Paul à Ottawa. L’occasion pour lui d’approfondir ses arguments et d’expliquer à un public académique les dynamiques complexes qui sous-tendent la crise humanitaire et sécuritaire dans son pays.
Selon un communiqué de l’ambassade de la RDC au Canada, cette visite n’a pas de visée communautariste ou ciblée sur un groupe spécifique, mais s’inscrit dans un cadre strictement académique, destiné à nourrir le débat et à mobiliser la compréhension autour des enjeux sécuritaires et des violations des droits humains.
Même si l’information officielle reste focalisée sur cet aspect scientifique et académique, plusieurs observateurs notent que le choix d’Ottawa n’est pas anodin. Le Canada, pays francophone et membre actif de plusieurs instances multilatérales de défense des droits, apparaît comme un relais stratégique pour le message congolais, particulièrement auprès des jeunes générations et des universitaires.

Entre diplomatie et contestation : le défi d’un discours tranché
Cette séquence internationale marque une étape significative dans le mandat de Mbemba, qui avait déjà utilisé des tribunes internationales par le passé pour attirer l’attention sur la situation dans l’Est de la RDC. À Genève comme ailleurs, son plaidoyer s’articule autour de deux axes : dénoncer les violations des droits humains et appeler à une responsabilisation plus nette de la communauté internationale, y compris par des mesures concrètes telles que des sanctions ciblées.
Pour certains spécialistes, cette approche reflète une évolution de la posture diplomatique congolaise : moins de neutralité, davantage d’affirmation même au risque d’entrer en friction avec des partenaires régionaux. Pourtant, le ministre lui-même insiste sur l’urgence humanitaire et la nécessité d’une solidarité internationale renforcée, plutôt que sur une diplomatie punitive pour elle-même. La suite de son intervention à Ottawa pourrait bien être déterminante pour mesurer l’efficacité de ce discours auprès de publics étrangers et académiques — un test de plus pour la capacité de Kinshasa à faire entendre sa voix au-delà de ses frontières nationales.