À l’occasion de la Journée internationale de l’Afrique, l’UQAM a accueilli un colloque d’envergure consacré aux diasporas africaines, aux réseaux sociaux et aux enjeux contemporains de la liberté d’expression. Chercheurs, diplomates et experts venus du Canada et de plusieurs pays africains y ont croisé leurs regards dans un dialogue riche et résolument tourné vers l’avenir.
À l’heure où les réseaux sociaux redessinent les frontières du débat public et des relations internationales, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) a offert, le 22 mai 2026, une tribune de réflexion particulièrement actuelle avec le colloque « Diasporas, réseaux sociaux et liberté d’expression ». Organisé par l’Observatoire sur les Migrations Internationales, les Réfugiés, les Apatrides et l’asile (OMIRAS), sous la direction de la professeure Ndeye Dieynaba Ndiaye, en collaboration avec la mission diplomatique marocaine au Canada, l’événement a réuni universitaires, diplomates et représentants institutionnels autour d’un enjeu devenu central dans les sociétés contemporaines.



Inscrit dans le cadre de la Journée internationale de l’Afrique, célébrée chaque année le 25 mai, ce colloque hybride — en présentiel et à distance — a permis de mettre en lumière le rôle croissant des diasporas africaines dans l’espace numérique mondial. À travers trois grandes séquences thématiques, les intervenants ont analysé les mutations profondes induites par les usages transnationaux du numérique, tout en questionnant les équilibres délicats entre liberté d’expression, responsabilité citoyenne et stabilité diplomatique.
La première partie, consacrée à la liberté d’expression et aux enjeux éthiques, a permis de mieux comprendre les cadres juridiques applicables au Canada comme dans plusieurs États africains, notamment en matière de diffamation, de discours haineux ou d’incitation à la violence. Les échanges ont souligné la nécessité de préserver les libertés fondamentales tout en encadrant les dérives susceptibles d’alimenter tensions et désinformation.
La seconde séquence a porté sur le rôle des diasporas dans le numérique transnational. Parmi les interventions marquantes, celle de la professeure Sabrina Darbali, de l’Université Mohammed V au Maroc, a particulièrement retenu l’attention. Par visioconférence, elle a montré comment la diaspora marocaine est devenue un acteur transnational influençant l’espace public, à la fois sur les plans juridique, politique et diplomatique. Elle a plaidé pour « un encadrement normatif nuancé » conciliant droit de la presse, droit pénal et peines alternatives, tout en reconnaissant la diaspora comme une ressource stratégique de solidarité et de diplomatie informelle.
Le colloque a également donné une place importante aux enjeux géopolitiques et diplomatiques liés aux usages numériques. La troisième partie a réuni plusieurs représentants diplomatiques africains, dont les ambassadeurs de Côte d’Ivoire et du Sénégal, S.E. Bafatigué Ouattara et S.E. Gorgui Ciss, ainsi que le représentant du Haut-Commissaire du Cameroun. Tous ont souligné l’impact croissant des réseaux sociaux sur les relations interétatiques et les perceptions internationales.
Président du Groupe de réflexion sur l’Afrique à Ottawa, le Dr Cheikh Tidyane Bangoura a assuré la modération de cette séquence avec une volonté affirmée de favoriser un dialogue constructif entre les mondes académique et diplomatique. Quant au général Gaston Coté, chargé de conclure les travaux, il a livré une réflexion lucide sur les nouveaux défis du numérique : « La diplomatie par les diasporas supportées par les réseaux sociaux ne remplace pas la diplomatie traditionnelle », a-t-il rappelé, mettant en garde contre les risques liés aux manipulations numériques, aux ingérences étrangères et aux usages anonymes des plateformes sociales.
Au-delà des analyses et des mises en garde, cette rencontre aura surtout démontré la nécessité d’ouvrir des espaces de dialogue sur des enjeux qui dépassent désormais les frontières nationales. En réunissant chercheurs, diplomates et membres de la société civile autour d’une réflexion commune, l’UQAM et l’OMIRAS ont confirmé le rôle essentiel des universités comme lieux de débat, de médiation et de compréhension des transformations du monde contemporain.